Que faire de la carcasse de Maurice Papon ?
Au lendemain de la mort de l’ancien haut fonctionnaire, la question se pose de savoir comment marquer le point final de l’existence d’un homme qui par le simple fait de survivre incarnait certains des épisodes les plus rock’n’roll de notre histoire. Rétrospective et perspective.
Maurice Papon faisait partie de ces hommes dont la vie se confond parfois avec l’histoire de France tant il savent l’embrasser dans les moments de cristallisation, voire la lutiner sauvagement quand la lumière est éteinte.
A ce titre, sa disparition est un événement dont la portée dépasse le passage à température ambiante du corps de celui qui avait remporté, à la surprise générale, la médaille d’or du Triathlon du canton de Berne en 1999. Avec Maurice Papon, c’est une partie du XXème siècle qui est atteinte de rigor mortis et qu’on pourra avec soulagement oublier sous les chrysanthèmes en plastique pour se tourner, libres de tout remords, vers un avenir radieux.
Certes, il reste des races inférieures en circulation, mais d’autres que lui ont depuis repris le flambeau. La France peut en toute quiétude hausser les épaules et se dire qu’elle a fait sa part du boulot, parfois même au-delà de ce qui lui était demandé.
Plus classe que l’étoile jaune, la Légion d’Honneur, mais il faut être habile pour l’attraper. Bien joué Maurice !
L’enfance de Maurice Papon a été déterminante dans la construction de son caractère. Né à Gretz-Armainvilliers, petite commune de Seine-et-Marne qui devait par la suite acquérir une renommée internationale en accueillant le siège social de Leader Price, il rencontre la civilisation en 1916 : à 5 ans et demi, le petit Papon fouit à la recherche des racines qui nourriront sa famille lorsque passe un groupe dépenaillé de poilus qui désertent le front. Moins de quinze minutes après avoir vu, pour la première fois de sa vie, des hommes se déplacer debout, il assiste à un miracle plus grand encore : un chariot de métal avance vers lui sans son attelage habituel de prisonniers du village voisin. Le chariot magique s’arrête à ses côtés et un homme en uniforme lui demande s’il a vu les fuyards. Maurice lui indique d’un doigt conquérant la direction prise par les infâmes bolcheviks.
En découvrant simultanément l’uniforme, les modes de transport modernes et l’expression opportuniste d’une justice sommaire, Maurice Papon entrevoit un moyen d’échapper à l’ignorance crasse et au patrimoine génétique dégradé qui ont de tous temps caractérisé la Seine-et-Marne.
Sa carrière est dans la droite ligne de cette épiphanie enfantine : nommé en 1942 secrétaire général de la préfecture de Gironde, Maurice Papon sert là où on lui dit de servir sans poser de questions. Il est fier de perpétuer la tradition bordelaise : là où les pères de la ville rangeaient les Nègres dans des bateaux, lui range des Juifs dans des trains. Après, c’est un autre service qui s’en charge, donc il s’en fout un peu.
En mai 1944, il sent la demande pour les Juifs faiblir et rejoint rétroactivement la Résistance en janvier 1943. De là il intègre le ministère de l’Intérieur en 1945 et devient ambassadeur du bon goût français : il apporte la civilisation en Corse et en Algérie avant de devenir secrétaire général de la préfecture de police de Paris en 1951. Malheureusement, l’Allemagne affaiblie n’envahit pas la France.
Jusqu’au bout, Maurice Papon a gardé un grand amour pour les petits trains. Ici : une famille de sans-papiers arrêtée par la police.
C’est une longue traversée du désert maghrébin qu’il entame alors, où il décime avec brio les terroristes marocains et algériens.
Ces succès lui valent d’être en 1958 nommé Préfet de Police de Paris. A ce poste, son talent prend toute son ampleur : il a carte blanche pour organiser des événements festifs tels que la capitale n’en a pas connus depuis la Commune, comme un remarqué lancer d’Algériens dans la Seine, ou une accumulation de contorsionnistes dans une bouche de métro que le général Pinochet devait plus tard classer dans son Top Cinque de la Deconnada.
Cette créativité et cette inventivité sans limites sont appréciées et reconnues par ses supérieurs, qui décident de le nommer au poste ultra-fantaisiste de ministre du Budget.
Plus tard, il fera un peu de prison pour complicité de crimes contre l’humanité.
Comment saluer cette carrière protéiforme et tellement française ? C’est la question qui s’est posée au moment de choisir le destin de la carcasse de Maurice Papon. S’il semblait juste de laisser choisir les enfants d’une Brave Patrie qu’il a servie pendant 40 ans sans moufter, c’était techniquement irréalisable : aucun des 75000 Juifs français déportés n’a envoyé de SMS. Ce qui n’est pas très civique. Il a donc fallu prendre une décision digne qui sache adresser un clin d’œil à sa longue carrière. Les débats ont fait rage entre les supporteurs d’un épandage de ses cendres en Pologne et ceux qui voulaient plus simplement laisser son corps flotter le long de la Seine pour se lover autour d’un des piliers du pont de Tancarville. La motion proposant d’en faire un arbre de Noël au milieu de la Casbah d’Alger ayant été rejetée dès le premier tour, ce sont paradoxalement ses partisans qui se sont retrouvés faiseurs de roi. Après de longues heures de tractations, une motion unitaire a donc péniblement vu le jour, qui a contenté les trois camps : la dépouille de Maurice Papon embarquera sur un drakkar chargé de formulaires 27 tiret B en territoire neutre, probablement dans les égouts de Pretoria. Il sera alors mis feu à l’embarcation à coups de taser, modèle police 357. Ce départ viking-style plein de panache aurait sans aucun doute plu au petit garçon aux grands yeux rêveurs de Gretz-Armainvilliers.
Bravepatrie
Maurice Papon faisait partie de ces hommes dont la vie se confond parfois avec l’histoire de France tant il savent l’embrasser dans les moments de cristallisation, voire la lutiner sauvagement quand la lumière est éteinte.
A ce titre, sa disparition est un événement dont la portée dépasse le passage à température ambiante du corps de celui qui avait remporté, à la surprise générale, la médaille d’or du Triathlon du canton de Berne en 1999. Avec Maurice Papon, c’est une partie du XXème siècle qui est atteinte de rigor mortis et qu’on pourra avec soulagement oublier sous les chrysanthèmes en plastique pour se tourner, libres de tout remords, vers un avenir radieux.
Certes, il reste des races inférieures en circulation, mais d’autres que lui ont depuis repris le flambeau. La France peut en toute quiétude hausser les épaules et se dire qu’elle a fait sa part du boulot, parfois même au-delà de ce qui lui était demandé.
Plus classe que l’étoile jaune, la Légion d’Honneur, mais il faut être habile pour l’attraper. Bien joué Maurice !L’enfance de Maurice Papon a été déterminante dans la construction de son caractère. Né à Gretz-Armainvilliers, petite commune de Seine-et-Marne qui devait par la suite acquérir une renommée internationale en accueillant le siège social de Leader Price, il rencontre la civilisation en 1916 : à 5 ans et demi, le petit Papon fouit à la recherche des racines qui nourriront sa famille lorsque passe un groupe dépenaillé de poilus qui désertent le front. Moins de quinze minutes après avoir vu, pour la première fois de sa vie, des hommes se déplacer debout, il assiste à un miracle plus grand encore : un chariot de métal avance vers lui sans son attelage habituel de prisonniers du village voisin. Le chariot magique s’arrête à ses côtés et un homme en uniforme lui demande s’il a vu les fuyards. Maurice lui indique d’un doigt conquérant la direction prise par les infâmes bolcheviks.
En découvrant simultanément l’uniforme, les modes de transport modernes et l’expression opportuniste d’une justice sommaire, Maurice Papon entrevoit un moyen d’échapper à l’ignorance crasse et au patrimoine génétique dégradé qui ont de tous temps caractérisé la Seine-et-Marne.
Sa carrière est dans la droite ligne de cette épiphanie enfantine : nommé en 1942 secrétaire général de la préfecture de Gironde, Maurice Papon sert là où on lui dit de servir sans poser de questions. Il est fier de perpétuer la tradition bordelaise : là où les pères de la ville rangeaient les Nègres dans des bateaux, lui range des Juifs dans des trains. Après, c’est un autre service qui s’en charge, donc il s’en fout un peu.
En mai 1944, il sent la demande pour les Juifs faiblir et rejoint rétroactivement la Résistance en janvier 1943. De là il intègre le ministère de l’Intérieur en 1945 et devient ambassadeur du bon goût français : il apporte la civilisation en Corse et en Algérie avant de devenir secrétaire général de la préfecture de police de Paris en 1951. Malheureusement, l’Allemagne affaiblie n’envahit pas la France.
Jusqu’au bout, Maurice Papon a gardé un grand amour pour les petits trains. Ici : une famille de sans-papiers arrêtée par la police.C’est une longue traversée du désert maghrébin qu’il entame alors, où il décime avec brio les terroristes marocains et algériens.
Ces succès lui valent d’être en 1958 nommé Préfet de Police de Paris. A ce poste, son talent prend toute son ampleur : il a carte blanche pour organiser des événements festifs tels que la capitale n’en a pas connus depuis la Commune, comme un remarqué lancer d’Algériens dans la Seine, ou une accumulation de contorsionnistes dans une bouche de métro que le général Pinochet devait plus tard classer dans son Top Cinque de la Deconnada.
Cette créativité et cette inventivité sans limites sont appréciées et reconnues par ses supérieurs, qui décident de le nommer au poste ultra-fantaisiste de ministre du Budget.
Plus tard, il fera un peu de prison pour complicité de crimes contre l’humanité.
Comment saluer cette carrière protéiforme et tellement française ? C’est la question qui s’est posée au moment de choisir le destin de la carcasse de Maurice Papon. S’il semblait juste de laisser choisir les enfants d’une Brave Patrie qu’il a servie pendant 40 ans sans moufter, c’était techniquement irréalisable : aucun des 75000 Juifs français déportés n’a envoyé de SMS. Ce qui n’est pas très civique. Il a donc fallu prendre une décision digne qui sache adresser un clin d’œil à sa longue carrière. Les débats ont fait rage entre les supporteurs d’un épandage de ses cendres en Pologne et ceux qui voulaient plus simplement laisser son corps flotter le long de la Seine pour se lover autour d’un des piliers du pont de Tancarville. La motion proposant d’en faire un arbre de Noël au milieu de la Casbah d’Alger ayant été rejetée dès le premier tour, ce sont paradoxalement ses partisans qui se sont retrouvés faiseurs de roi. Après de longues heures de tractations, une motion unitaire a donc péniblement vu le jour, qui a contenté les trois camps : la dépouille de Maurice Papon embarquera sur un drakkar chargé de formulaires 27 tiret B en territoire neutre, probablement dans les égouts de Pretoria. Il sera alors mis feu à l’embarcation à coups de taser, modèle police 357. Ce départ viking-style plein de panache aurait sans aucun doute plu au petit garçon aux grands yeux rêveurs de Gretz-Armainvilliers.
Bravepatrie
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