"J'hésite entre Ségo et Sarko"
Accrochez-vous ça fait froid dans le dos. On comprend mieux comment Le Pen se retrouve au second tour de la présidentielle et pourquoi les "politiques" attachent autant d'importance à la communication plutôt que de discuter des problèmes de fond.
Ils ont voté jusque-là à droite et envisagent de choisir Ségolène Royal. Ils se pensaient à gauche et pourraient voter pour Nicolas Sarkozy. Voici ce qu'ils en disent :
"JE COMMENCE À ME LASSER DE L'ANGÉLISME DE LA GAUCHE"
Philippe Belin, 53 ans, jardinier dans une collectivité locale. Chamonix (Haute-Savoie).
J'ai été soixante-huitard et antimilitariste. En 1981, j'étais ouvrier dans le privé et j'ai voté Mitterrand avec enthousiasme. En 1995, j'ai encore voté Jospin, et, en 2002, je n'ai voté qu'au deuxième tour, forcément pour Chirac. Je commence à me lasser de l'angélisme de la gauche, de son hypocrisie à parler de pauvreté alors qu'elle habite les beaux quartiers et envoie ses enfants en Angleterre. Ségolène Royal a un côté maternant agaçant et, dans les détails, c'est du Sarkozy. Lui, j'apprécie son pragmatisme, ses prises de position sur les banlieues, notamment. Je vois tous les jours des gosses de la deuxième ou de la troisième génération qui se foutent de tout et, franchement, cela ne me choque pas qu'on parle d'eux comme des racailles. Et puis Sarkozy a su éviter les dérapages de la police. Je suis d'accord avec ce qu'il dit de l'immigration : régulariser tout le monde est une folie. La seule chose qui m'ennuie, ce sont ses liens avec la finance, Bouygues, etc. J'aimerais bien qu'il prenne dans un gouvernement quelqu'un comme Nicolas Hulot, parce ce que l'avenir de la planète est un grand enjeu.
"ELLE NE PARLE PAS DE RUPTURE. JE NE CROIS PAS QU'IL FAILLE TOUT CASSER"
Muriel Bennet, 41 ans, commerciale. Paris.
Pour mon premier vote, en 1981, j'avais choisi Mitterrand. En 1988, déçue par la gauche, j'ai voté Chirac. En 1995, j'ai choisi Arlette Laguiller au premier tour pour m'amuser, puis Chirac au second. En 2002, j'ai voté Bayrou, qui me semblait plus droit et honnête que les autres, puis, au second tour, Chirac. Pour être honnête, je ne me sens ni de droite ni de gauche. En 2007, si Ségolène Royal est candidate, je voterai pour elle. C'est une femme, elle a des convictions, un discours honnête, connaît son sujet sur l'éducation et a le vrai sens de la famille. Grâce à elle, mes trois enfants portent à la fois mon nom et celui de leur père et, pour moi, c'est très important. Enfin, elle ne parle pas de rupture. Je ne crois pas qu'il faille tout casser. On doit au contraire partir de l'existant et l'améliorer. C'est ce qui me gêne en Sarkozy. Mais je dois dire que nous avons enfin des candidats qui tiennent un discours clair.
"AU MOINS, CELUI-LÀ, IL ESSAIE DE FAIRE QUELQUE CHOSE. IL SE DÉMÈNE"
Christiane Roux, 60 ans, dans l'import-export. Nice (Alpes-Maritimes).
Mon cœur est à gauche, parce que je trouve qu'il faut du social. Mais pas trop, tout de même. En 1981, j'ai voté Mitterrand, puis j'ai oscillé selon les élections entre Barre, Chevènement. Mon frère, lui, est communiste depuis quarante ans. En 2002, je le dis sans problème, j'ai voté Front national au premier et au second tour. Je me suis servie de ce vote comme dans une partie d'échecs : pour faire bouger les choses. Evidemment, j'aimerais bien qu'il y ait une femme présidente, mais je vais plutôt vers Sarkozy. Car, au moins, celui-là, il essaie de faire quelque chose. Il se démène. Il répond aux banlieues. Et puis, sur les sans-papiers, si on croit les médias, on a l'impression que tout le monde est pour eux, mais quand on regarde autour de soi, tout le monde veut qu'ils repartent. L'autre jour, à un dîner, il y avait des pompiers, un agent immobilier, des retraités. Je croyais que la moitié était de gauche. En fait, ils étaient tous pour Sarkozy !
"J'AI UN PROBLÈME AVEC SARKOZY : SA POLITIQUE SUR L'IMMIGRATION"
Isabelle Pascaud, 40 ans, directrice de magasin. Saône-et-Loire.
J'ai toujours voté à droite et je suis proche des idées libérales. J'ai pourtant un problème avec Sarkozy : sa politique sur l'immigration. Je vis avec un Algérien qui est en France depuis vingt-cinq ans, et le discours de Sarkozy sur les étrangers, les sans-papiers, m'insupporte, sans que cela soit compensé par ce qu'il dit de la discrimination positive. Je pourrais voter pour Ségolène Royal, dont j'ai toujours apprécié le côté frondeur, à contre-courant. Evidemment, son discours peu construit, ses coups de gueule sont peu rassurants et, à la limite, sur ce créneau, je trouverais même encore mieux Strauss-Kahn, qui, lui, tient la route sur l'économie et la politique étrangère.
"SUR LES BANLIEUES, IL VA DISCUTER AVEC LES JEUNES"
Steven Boudaloua, 24 ans, intérimaire. Blagnac (Haute-Garonne).
Est-ce que je suis de gauche ou de droite ? Qu'est-ce que vous mettez dans la gauche ? Et dans la droite ? J'ai voté pour la première fois en 2002. J'avais choisi le jeune, là, Besancenot, parce que j'ai trouvé qu'il dépotait, avec son blouson, et que c'était le seul jeune. Bon, au second tour, j'ai fait du Chirac, bien obligé parce qu'il y avait Le Pen. Là, je trouve que Sarkozy est bien. Il dit vraiment les choses et, sur les banlieues, il va discuter avec les jeunes. C'est débile de lui en vouloir pour "racailles", les jeunes des banlieues s'appellent comme ça entre eux. Et puis, il faut bien que le gouvernement dise stop quand ça va trop loin. Quand même, j'aime pas tellement ses lois sur la route, parce que j'ai quand même déjà perdu six points sur mon permis et que c'est trop sévère. Ségolène Royal ? C'est une bourgeoise.
"ELLE A DU BON SENS, DU CRAN ET ELLE CONSIDÈRE ENFIN QUE LE TRAVAIL EST UNE VALEUR"
Françoise Victor, 53 ans, psychologue-infirmière. Annecy (Haute-Savoie).
J'ai pratiquement toujours voté à droite ou au centre droit, aux présidentielles comme aux législatives. L'angélisme de la gauche m'énerve souvent. Mais si Ségolène Royal persiste à dire ce qu'elle dit aujourd'hui, je voterai pour elle. Ce n'est pas seulement parce qu'elle est une femme. D'ailleurs, sur ce plan, je la trouve parfois un peu trop pincée. Mais elle a du bon sens, du cran et elle considère enfin que le travail est une valeur. Sur la carte scolaire, ce qu'elle dit est intelligent. Moi-même, j'ai dû mettre mon fils dans un collège privé pour éviter l'établissement pourri de mon secteur. Sarkozy ne me déplaît pas, mais je trouve qu'il a parfois le charisme d'un représentant de commerce. Evidemment, si le candidat de gauche est Jospin, ou si le PS empêche Ségolène Royal de se recentrer, je reviens vers Sarkozy.
"IL SYMBOLISE POUR MOI L'ARCHÉTYPE DU PARVENU FACHO-DÉMAGO"
Jean-Pierre Fournet, 53 ans, lieutenant-colonel de gendarmerie en retraite. Rabat (Maroc).
J'ai toujours voté à droite ou au centre droit et, comme beaucoup de Français, je vote généralement non pas pour quelqu'un mais contre quelqu'un d'autre. Mais je ne voterai ni pour Dominique de Villepin, un caractériel psychorigide, ni pour Nicolas Sarkozy, qui symbolise pour moi l'archétype du parvenu facho-démago. A la limite, si le président actuel se représentait, on ferait avec, car je mets à son crédit sa politique extérieure et il a toujours dénigré l'extrême droite. Ségolène Royal ? Pourquoi pas. C'est une femme, et c'est une bonne chose. Cela va dans le sens de l'histoire qu'une femme arrive à la fonction suprême. Comme fille de militaire, elle doit avoir une pensée claire et synthétique. Et puis, elle va envoyer aux oubliettes de l'histoire toute une classe politique socialiste qui a fait son temps. Bien sûr, son programme est flou, mais elle a le temps de le mûrir et, de toute manière, dans un système mondialisé, la marge de manœuvre du président est réduite.
Le Monde
Ils ont voté jusque-là à droite et envisagent de choisir Ségolène Royal. Ils se pensaient à gauche et pourraient voter pour Nicolas Sarkozy. Voici ce qu'ils en disent :
"JE COMMENCE À ME LASSER DE L'ANGÉLISME DE LA GAUCHE"
Philippe Belin, 53 ans, jardinier dans une collectivité locale. Chamonix (Haute-Savoie).
J'ai été soixante-huitard et antimilitariste. En 1981, j'étais ouvrier dans le privé et j'ai voté Mitterrand avec enthousiasme. En 1995, j'ai encore voté Jospin, et, en 2002, je n'ai voté qu'au deuxième tour, forcément pour Chirac. Je commence à me lasser de l'angélisme de la gauche, de son hypocrisie à parler de pauvreté alors qu'elle habite les beaux quartiers et envoie ses enfants en Angleterre. Ségolène Royal a un côté maternant agaçant et, dans les détails, c'est du Sarkozy. Lui, j'apprécie son pragmatisme, ses prises de position sur les banlieues, notamment. Je vois tous les jours des gosses de la deuxième ou de la troisième génération qui se foutent de tout et, franchement, cela ne me choque pas qu'on parle d'eux comme des racailles. Et puis Sarkozy a su éviter les dérapages de la police. Je suis d'accord avec ce qu'il dit de l'immigration : régulariser tout le monde est une folie. La seule chose qui m'ennuie, ce sont ses liens avec la finance, Bouygues, etc. J'aimerais bien qu'il prenne dans un gouvernement quelqu'un comme Nicolas Hulot, parce ce que l'avenir de la planète est un grand enjeu.
"ELLE NE PARLE PAS DE RUPTURE. JE NE CROIS PAS QU'IL FAILLE TOUT CASSER"
Muriel Bennet, 41 ans, commerciale. Paris.
Pour mon premier vote, en 1981, j'avais choisi Mitterrand. En 1988, déçue par la gauche, j'ai voté Chirac. En 1995, j'ai choisi Arlette Laguiller au premier tour pour m'amuser, puis Chirac au second. En 2002, j'ai voté Bayrou, qui me semblait plus droit et honnête que les autres, puis, au second tour, Chirac. Pour être honnête, je ne me sens ni de droite ni de gauche. En 2007, si Ségolène Royal est candidate, je voterai pour elle. C'est une femme, elle a des convictions, un discours honnête, connaît son sujet sur l'éducation et a le vrai sens de la famille. Grâce à elle, mes trois enfants portent à la fois mon nom et celui de leur père et, pour moi, c'est très important. Enfin, elle ne parle pas de rupture. Je ne crois pas qu'il faille tout casser. On doit au contraire partir de l'existant et l'améliorer. C'est ce qui me gêne en Sarkozy. Mais je dois dire que nous avons enfin des candidats qui tiennent un discours clair.
"AU MOINS, CELUI-LÀ, IL ESSAIE DE FAIRE QUELQUE CHOSE. IL SE DÉMÈNE"
Christiane Roux, 60 ans, dans l'import-export. Nice (Alpes-Maritimes).
Mon cœur est à gauche, parce que je trouve qu'il faut du social. Mais pas trop, tout de même. En 1981, j'ai voté Mitterrand, puis j'ai oscillé selon les élections entre Barre, Chevènement. Mon frère, lui, est communiste depuis quarante ans. En 2002, je le dis sans problème, j'ai voté Front national au premier et au second tour. Je me suis servie de ce vote comme dans une partie d'échecs : pour faire bouger les choses. Evidemment, j'aimerais bien qu'il y ait une femme présidente, mais je vais plutôt vers Sarkozy. Car, au moins, celui-là, il essaie de faire quelque chose. Il se démène. Il répond aux banlieues. Et puis, sur les sans-papiers, si on croit les médias, on a l'impression que tout le monde est pour eux, mais quand on regarde autour de soi, tout le monde veut qu'ils repartent. L'autre jour, à un dîner, il y avait des pompiers, un agent immobilier, des retraités. Je croyais que la moitié était de gauche. En fait, ils étaient tous pour Sarkozy !
"J'AI UN PROBLÈME AVEC SARKOZY : SA POLITIQUE SUR L'IMMIGRATION"
Isabelle Pascaud, 40 ans, directrice de magasin. Saône-et-Loire.
J'ai toujours voté à droite et je suis proche des idées libérales. J'ai pourtant un problème avec Sarkozy : sa politique sur l'immigration. Je vis avec un Algérien qui est en France depuis vingt-cinq ans, et le discours de Sarkozy sur les étrangers, les sans-papiers, m'insupporte, sans que cela soit compensé par ce qu'il dit de la discrimination positive. Je pourrais voter pour Ségolène Royal, dont j'ai toujours apprécié le côté frondeur, à contre-courant. Evidemment, son discours peu construit, ses coups de gueule sont peu rassurants et, à la limite, sur ce créneau, je trouverais même encore mieux Strauss-Kahn, qui, lui, tient la route sur l'économie et la politique étrangère.
"SUR LES BANLIEUES, IL VA DISCUTER AVEC LES JEUNES"
Steven Boudaloua, 24 ans, intérimaire. Blagnac (Haute-Garonne).
Est-ce que je suis de gauche ou de droite ? Qu'est-ce que vous mettez dans la gauche ? Et dans la droite ? J'ai voté pour la première fois en 2002. J'avais choisi le jeune, là, Besancenot, parce que j'ai trouvé qu'il dépotait, avec son blouson, et que c'était le seul jeune. Bon, au second tour, j'ai fait du Chirac, bien obligé parce qu'il y avait Le Pen. Là, je trouve que Sarkozy est bien. Il dit vraiment les choses et, sur les banlieues, il va discuter avec les jeunes. C'est débile de lui en vouloir pour "racailles", les jeunes des banlieues s'appellent comme ça entre eux. Et puis, il faut bien que le gouvernement dise stop quand ça va trop loin. Quand même, j'aime pas tellement ses lois sur la route, parce que j'ai quand même déjà perdu six points sur mon permis et que c'est trop sévère. Ségolène Royal ? C'est une bourgeoise.
"ELLE A DU BON SENS, DU CRAN ET ELLE CONSIDÈRE ENFIN QUE LE TRAVAIL EST UNE VALEUR"
Françoise Victor, 53 ans, psychologue-infirmière. Annecy (Haute-Savoie).
J'ai pratiquement toujours voté à droite ou au centre droit, aux présidentielles comme aux législatives. L'angélisme de la gauche m'énerve souvent. Mais si Ségolène Royal persiste à dire ce qu'elle dit aujourd'hui, je voterai pour elle. Ce n'est pas seulement parce qu'elle est une femme. D'ailleurs, sur ce plan, je la trouve parfois un peu trop pincée. Mais elle a du bon sens, du cran et elle considère enfin que le travail est une valeur. Sur la carte scolaire, ce qu'elle dit est intelligent. Moi-même, j'ai dû mettre mon fils dans un collège privé pour éviter l'établissement pourri de mon secteur. Sarkozy ne me déplaît pas, mais je trouve qu'il a parfois le charisme d'un représentant de commerce. Evidemment, si le candidat de gauche est Jospin, ou si le PS empêche Ségolène Royal de se recentrer, je reviens vers Sarkozy.
"IL SYMBOLISE POUR MOI L'ARCHÉTYPE DU PARVENU FACHO-DÉMAGO"
Jean-Pierre Fournet, 53 ans, lieutenant-colonel de gendarmerie en retraite. Rabat (Maroc).
J'ai toujours voté à droite ou au centre droit et, comme beaucoup de Français, je vote généralement non pas pour quelqu'un mais contre quelqu'un d'autre. Mais je ne voterai ni pour Dominique de Villepin, un caractériel psychorigide, ni pour Nicolas Sarkozy, qui symbolise pour moi l'archétype du parvenu facho-démago. A la limite, si le président actuel se représentait, on ferait avec, car je mets à son crédit sa politique extérieure et il a toujours dénigré l'extrême droite. Ségolène Royal ? Pourquoi pas. C'est une femme, et c'est une bonne chose. Cela va dans le sens de l'histoire qu'une femme arrive à la fonction suprême. Comme fille de militaire, elle doit avoir une pensée claire et synthétique. Et puis, elle va envoyer aux oubliettes de l'histoire toute une classe politique socialiste qui a fait son temps. Bien sûr, son programme est flou, mais elle a le temps de le mûrir et, de toute manière, dans un système mondialisé, la marge de manœuvre du président est réduite.
Le Monde
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