L'humoriste Raymond Devos a tiré sa révérence

Publié le par Gou

L'humoriste Raymond Devos est mort, jeudi 15 juin, à l'âge de 83 ans. Il s'était imposé comme l'un des plus subtils manipulateurs de la langue française en inventant un style où images, "malentendus, homonymies et figures de style" se télescopaient pour débusquer l'absurde et faire éclater le rire. Il était hospitalisé jusqu'à une date récente à la suite d'une attaque cérébrale. Ses proches ont confirmé en fin de matinée sa mort, qui a été annoncée par Europe 1.

Né le 9 novembre 1922 à Mouscron, en Belgique, Raymond Devos a 2 ans lorsque sa famille s'installe à Tourcoing, dans le nord de la France. Il découvre à 5 ans, sur le perron de son école, son don de conteur et sa vocation : le plaisir de captiver un auditoire. Il avait suivi des cours de théâtre mais s'était imposé dans des one-man-shows dans lesquels il jouait les équilibristes, en dépit de ses rondeurs et triturait la langue et la logique pour créer un style comique bien à lui.



Ce n'est qu'en 1945 qu'il peut les mettre en pratique, après avoir connu, à la suite de la faillite de son père, la pauvreté dans la banlieue parisienne, les petits boulots dès 13 ans aux Halles de Paris, puis la guerre, le STO. Viennent les cours de théâtre chez Tania Balachova et Henri Rollan, puis de mime chez Etienne de Croux. Dès 1947, il est engagé. Suivent alors les soirées de cabaret à la Rose rouge et au Vieux Colombier, et la comédie dans la troupe de Jacques Fabbri.

PREMIER ONE-MAN-SHOW EN 1964


En 1957 débute à l'Alhambra en seconde partie ce que Devos appelle son "aventure solitaire". Il présente son premier one-man-show en 1964 au Théâtre des variétés. Avec La Mer démontée, Le Car pour Caen, Les sens interdits, Mon chien c'est quelqu'un ou Sens dessus-dessous, cet homme timide au physique d'ogre débonnaire incarne un comique basé sur la chute, le malaise, l'échec, l'humiliation. Jusque dans les années 1990, il multipliera tournées triomphales et one-man-shows.

D'abord réticent à éditer ses textes, l'humoriste avait finalement publié une dizaine d'ouvrages dont Matière à rire (1992), résumant alors ses trente-cinq ans de scène. Viennent ensuite deux récits rocambolesques, Un jour sans moi (1996), et Les 40es délirants (2002) puis, en 2003, une nouvelle illustrée par Yves Saint Laurent, Une chenille nommée Vanessa.

Commandeur de la légion d'honneur, Raymond Devos avait reçu de nombreuses distinctions, dont le Grand Prix du disque de l'Académie Charles-Cros (1975), un Molière du meilleur one-man-show (1989), un Molière d'honneur (2000), le Grand Prix de l'humour de la Sacem (2001). En 2003, le ministère de la culture crée en son hommage le Prix Raymond-Devos, destiné à récompenser un travail d'excellence autour de la langue française.

En février 2006, une bataille judiciaire sordide avait éclaté autour de son hospitalisation : une femme disant être sa compagne avait demandé à la justice de l'autoriser à lui rendre visite alors que, selon sa famille et l'hôpital, l'humoriste refusait de la voir.
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