Salauds de jeunes
Les collégiens de Montfermeil ont entendu la nouvelle sur Skyrock ou sur M6 et ne décolèrent pas : depuis le 7 avril, leur maire, Xavier Lemoine (UMP), interdit aux mineurs de se réunir à plus de trois dans le centre-ville, sous peine d'être interpellés et de devoir payer une amende de 38 euros.Cette disposition, valable jusqu'au 30 juin, est applicable à toute heure de la journée dans une dizaine de rues et d'avenues de la partie commerçante de la ville.
Un second arrêté municipal, publié le même jour, interdit également aux mineurs de moins de 16 ans de "circuler librement" sans être accompagné d'un majeur dans le centre, de 20 heures à 5 heures du matin, jusqu'au 30 juin.
Les jeunes concernés jugent la mesure méprisante et injuste. "Quand on sort de l'école, on est à cinq, à dix. Comment il faut faire, alors ? C'est pas parce qu'on est plus de trois qu'on fait des bêtises", s'indigne Mamadou, 15 ans, devant le collège Jean-Jaurès. "Les courses à Lidl, on les fait toujours en groupe", remarque Dikoulé, 15 ans, élève de troisième. "Pour aller manger au grec à midi, on va pas y aller en pèlerin : on y va entre potes", note Audrey, du même âge. Idem, relèvent les collégiens, pour les matches de football, les sorties au cinéma ou même l'attente des bus.
Les avis sont partagés sur l'attitude de la police. Certains sont convaincus qu'elle évitera soigneusement d'appliquer le texte. "Ils sont pas débiles. Ils savent très bien que ça sert à rien", pense Imat, 14 ans, élève de troisième. Mais la majorité estime que les forces de l'ordre profiteront de l'occasion. "Ça peut qu'aggraver les choses. Si les policiers voient qu'on est plus que trois, ils vont vouloir nous embarquer. Et nous, on va se défendre", note Ibrahim, un lycéen de 16 ans.
La surenchère verbale est d'ailleurs immédiate, en direction du maire. "On va lui mettre le feu à sa bagnole", dit un garçon. "Faut qu'il fasse gaffe à sa maison", prévient un autre.
De son côté, Xavier Lemoine défend sa politique, censée répondre à l'"explosion de la délinquance". Dans son arrêté, il évoque "le nombre exponentiel de groupes de mineurs (...) impliqués dans des faits graves de délinquance". Dans une pétition qu'il fait lui-même circuler, il évoque une augmentation de "600 % des vols avec violence" et de "90 % de la délinquance", sans préciser l'origine de ces statistiques.
DÉMARCHE CONTESTÉE
Le maire établit un lien direct avec les émeutes d'octobre et de novembre 2005, qui avaient débuté à Clichy-sous-Bois et à Montfermeil : "Les mineurs ont pris conscience de leur quasi-impunité et on assiste à l'explosion de la violence gratuite", explique M. Lemoine, en affirmant que l'arrêté est appliqué "avec discernement". Aucune interpellation n'a pour l'instant eu lieu pour ce motif.
La démarche est vivement contestée par l'opposition municipale de gauche, qui appelle à un rassemblement de protestation le 29 avril. Evoquant une politique électoraliste dans une commune où Jean-Marie Le Pen a recueilli 22,55 % des voix au premier tour à l'élection présidentielle de 2002, elle s'inquiète des tensions que peut faire naître le texte, six mois après les émeutes.
"C'est à se demander s'il ne cherche pas à réénerver les jeunes", s'interroge Laurence Ribeaucourt, un des leaders de l'opposition. Aux interdictions de circuler, s'ajoutent en effet des déclarations polémiques sur la jeunesse : dans la revue municipale, le maire qualifie les anti-CPE de "Cerveaux Peu Eduqués" et de "chair à canon" pour les "idéologues" défenseurs d'un système éducatif "devenu fou".
Luc Bronner
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