La "guerre des pancartes" avec Washington fait rage à La Havane
Le gouvernement cubain a installé 138 mâts, hauts d'une vingtaine de mètres et coiffés d'un drapeau noir portant une étoile blanche en son centre, pour masquer un panneau électronique courant tout le long du 5e étage du bureau d'intérêts américains à La Havane. Une "veillée de la dignité", destinée à inaugurer l'installation, s'est achevée mardi 7 février.
Depuis le 16 janvier, le panneau affichait des citations d'Abraham Lincoln, de Martin Luther King, de Gandhi ou de Lech Walesa, ainsi que des informations auxquelles les Cubains n'ont pas accès dans les médias officiels, les seuls autorisés. Ces messages ont été considérés par La Havane comme une "provocation grossière" visant à précipiter la rupture des fragiles relations entre les deux pays. "La seule chose que nous voulons provoquer avec notre petit panneau est le libre flux des idées et des voix", affichait, lundi, le panneau incriminé.
Les 138 mâts représentent les 138 ans écoulés depuis le début des luttes d'indépendance. "Les étoiles blanches sur une mantille noire" sont un hommage aux "victimes du terrorisme anticubain".
Le régime évoque 3 400 morts depuis 1959, dont les 73 victimes d'un avion de la compagnie Cubana, objet d'une attaque en plein vol en 1976. Cet attentat est attribué à Luis Posada Carriles, un Vénézuélien d'origine cubaine, ancien agent de la CIA (Agence centrale de renseignement) américaine, détenu actuellement aux Etats-Unis.
Washington et La Havane ont rompu leurs relations diplomatiques après l'avènement du régime de Fidel Castro. En 1977, sous la présidence de Jimmy Carter, les deux gouvernements se sont néanmoins mis d'accord pour ouvrir des "sections d'intérêts", théoriquement auprès d'ambassades de pays tiers, mais faisant de fait figure de représentation diplomatique. Les Américains ont retrouvé l'immeuble de leur ancienne chancellerie à La Havane, sur un site prestigieux, le Malecon, l'avenue du bord de mer.
CARICATURE MURALE
Les autorités des deux pays ont établi une coopération en matière de lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme et signé un accord migratoire très apprécié de part et d'autre. Les Etats-Unis délivrent aux Cubains 20 000 visas par an et évitent un afflux de "boat people", tandis que Cuba dispose d'une soupape pour canaliser l'exode de ses ressortissants.
La "guerre des mots" et des pancartes ne date pas d'hier. Depuis de nombreuses années, les touristes connaissent l'immense caricature murale dressée face à la représentation américaine, qui proclame : "Messieurs les impérialistes, nous n'avons pas peur de vous". En 2004, les diplomates américains ont pendu sur la façade de leurs bureaux une pancarte avec le chiffre "75", pour rappeler le sort des 75 opposants cubains condamnés à de lourdes peines de prison en 2003, accusés d'être des "mercenaires" à la solde de Washington.
Fidel Castro n'a pas apprécié l'ironie des messages adressés par le panneau lumineux lors d'une immense manifestation antiaméricaine, le 24 janvier. "A ceux qui veulent être là, nous respectons votre protestation ; aux autres, nous sommes désolés pour le dérangement", disait l'un des messages.
Ce jour-là, le Lider Maximo a promis une "surprise", qui a mobilisé jour et nuit plus de 300 ouvriers, chargés de bétonner le socle des mâts destinés à la "forêt" de drapeaux. "Si on ne te laisse pas lire notre panneau, imagine combien de livres manquent à la Foire", a répliqué, lundi, l'écran lumineux, en allusion à la Foire internationale du livre ouverte à La Havane depuis le week-end.
Le Monde
Depuis le 16 janvier, le panneau affichait des citations d'Abraham Lincoln, de Martin Luther King, de Gandhi ou de Lech Walesa, ainsi que des informations auxquelles les Cubains n'ont pas accès dans les médias officiels, les seuls autorisés. Ces messages ont été considérés par La Havane comme une "provocation grossière" visant à précipiter la rupture des fragiles relations entre les deux pays. "La seule chose que nous voulons provoquer avec notre petit panneau est le libre flux des idées et des voix", affichait, lundi, le panneau incriminé.Les 138 mâts représentent les 138 ans écoulés depuis le début des luttes d'indépendance. "Les étoiles blanches sur une mantille noire" sont un hommage aux "victimes du terrorisme anticubain".
Le régime évoque 3 400 morts depuis 1959, dont les 73 victimes d'un avion de la compagnie Cubana, objet d'une attaque en plein vol en 1976. Cet attentat est attribué à Luis Posada Carriles, un Vénézuélien d'origine cubaine, ancien agent de la CIA (Agence centrale de renseignement) américaine, détenu actuellement aux Etats-Unis.
Washington et La Havane ont rompu leurs relations diplomatiques après l'avènement du régime de Fidel Castro. En 1977, sous la présidence de Jimmy Carter, les deux gouvernements se sont néanmoins mis d'accord pour ouvrir des "sections d'intérêts", théoriquement auprès d'ambassades de pays tiers, mais faisant de fait figure de représentation diplomatique. Les Américains ont retrouvé l'immeuble de leur ancienne chancellerie à La Havane, sur un site prestigieux, le Malecon, l'avenue du bord de mer.
CARICATURE MURALE
Les autorités des deux pays ont établi une coopération en matière de lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme et signé un accord migratoire très apprécié de part et d'autre. Les Etats-Unis délivrent aux Cubains 20 000 visas par an et évitent un afflux de "boat people", tandis que Cuba dispose d'une soupape pour canaliser l'exode de ses ressortissants.
La "guerre des mots" et des pancartes ne date pas d'hier. Depuis de nombreuses années, les touristes connaissent l'immense caricature murale dressée face à la représentation américaine, qui proclame : "Messieurs les impérialistes, nous n'avons pas peur de vous". En 2004, les diplomates américains ont pendu sur la façade de leurs bureaux une pancarte avec le chiffre "75", pour rappeler le sort des 75 opposants cubains condamnés à de lourdes peines de prison en 2003, accusés d'être des "mercenaires" à la solde de Washington.
Fidel Castro n'a pas apprécié l'ironie des messages adressés par le panneau lumineux lors d'une immense manifestation antiaméricaine, le 24 janvier. "A ceux qui veulent être là, nous respectons votre protestation ; aux autres, nous sommes désolés pour le dérangement", disait l'un des messages.
Ce jour-là, le Lider Maximo a promis une "surprise", qui a mobilisé jour et nuit plus de 300 ouvriers, chargés de bétonner le socle des mâts destinés à la "forêt" de drapeaux. "Si on ne te laisse pas lire notre panneau, imagine combien de livres manquent à la Foire", a répliqué, lundi, l'écran lumineux, en allusion à la Foire internationale du livre ouverte à La Havane depuis le week-end.
Le Monde
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